L’agression sexuelle dont est accusé un éminent membre du Congrès, et les conditions dans lesquelles elle se serait effectuée, suggère quelques questions. La première concerne l’éthique. Dans le territoire, les comportements d’élus, parfois déviants, ne font pas spécialement scandale. Les conduites en état d’ivresse, par exemple, semblent presque anodines, dans une pays où, il est vrai, l’alcoolisme excessif devient pratiquement une spécificité. En d’autres lieux, le scandale provoqué aurait provoqué une démission immédiate. Il paraît que les élus devraient se parer d’un comportement exemplaire. C’est vrai dans d’autres démocraties. Dans les pays d’Europe du Nord, pour des faits qui nous paraîtraient anodins, des ministre, une Première ministre ont démissionné dès que les faits reprochés ont été rendus publics. Boris Johnson, Premier ministre du Royaume Uni, n’a pas résisté à la dénonciation d’une garden party qui n’avait pas à se tenir. En Nouvelle-Calédonie, l’exemplarité mériterait d’être davantage exigée par les électeurs.
Dans cette exemplarité, la bonne utilisation des fonds publics doit devenir une seconde exigence. Les “fonds publics” proviennent de fonds privés, ceux que paient les contribuables de toutes natures et de toutes origines. Ils regroupent le fruit du travail de milliers de personnes, de capitaux investis à risque, d’impôts acquittés par tous les consommateurs. Dans la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, il est écrit dans l’Article 13 : « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable ; elle doit être également répartie entre les citoyens, en raison de leurs facultés ». Sur la base de ce principe, il existe une morale pour l’usage de cette “contribution commune”. Elle ne conduit pas à des abus comme ceux constatés, au cours de déplacements financés par le produit des impôts.
Au total, quelle image ! Pourtant, tous les élus ne doivent pas être logés à la même enseigne. Nombreux, dans les communes, dans les institutions, sont celles et ceux qui donnent de leur temps et de leur énergie pour le bien public, sans altérer une éthique qui doit dicter leur conduite. Mais indéniablement, les déviances de quelques uns portent préjudice à tous. La Nouvelle-Calédonie a mauvaise presse. Beaucoup parlent “d’attractivité”. Mais le territoire n’attire plus personne. Pire, il est parfois déconseillé. Il n’est qu’à voir l’empressement des médecins à venir s’installer ici. De tels fait, s’ils sont avérés et confirmés par la Justice, ne feront que ternir un peu plus une réputation qui n’en demandait pas tant.