Dans l’esprit de l’Accord de Nouméa, le 24 septembre ne se résume plus à “la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie”. Si ce fait historique demeure et qu’il marque le début de la période coloniale de l’archipel, l’Accord de Nouméa, accepté par la grande majorité des habitants de la Nouvelle-Calédonie, dispose que “le moment est venu de reconnaître les ombres de la période coloniale, même si elle ne fut pas dépourvue de lumière”.
Dewe Gorodey, mère du concept moderne du 24 septembre
C’est Déwé Gorodey qui, toujours dans l’esprit de l’Accord de Nouméa, a voulu donner une impulsion nouvelle à cette date, sans renier ses convictions en faveur de l’indépendance et de la décolonisation. L’élue du Palika a fait du 24 septembre la Fête de la Citoyenneté, qui joint dans un même avenir, aux termes du préambule de l’accord de Nouméa, à la fois les Kanak, mais toutes celles et ceux qui depuis 1853 ont choisi la Nouvelle-Calédonie comme terre de vie et de sépulture.
C’était en quelque sorte se projeter vers l’avenir, plutôt que de conserver le regard sur les rétroviseurs du passé. Elle avait choisi, sans renier ce dernier, de regarder vers l’avant en sachant que le retour en arrière n’était plus possible.
Or, si aujourd’hui, cette fête de la citoyenneté que le gouvernement a voulu célébrer par le festival Caledonia, rappelant la grande fête de Mélanésia 2000 initiée et organisée par Jean-Marie Tjibaou, veut probablement aller dans ce sens. Le sens de la construction d’une communauté de destin. Certes, celle-ci a été gravement endommagée par les émeutes de mai 2024, qui ont creusé une fracture plus profonde entre les deux grandes communautés de la Nouvelle-Calédonie, les Kanak et les Calédoniens. Pourtant, il n’y a pas d’autre choix que la construction d’une communauté de destin, même si ces mots sont trop souvent galvaudés.
Le processus généré par l’Accord de Nouméa
Seulement voilà. Le 24 septembre est trop souvent analysé d’une manière passéiste, rappelant les ombres de la colonisation. Celles-ci sont assumées, à la fois par les habitants, les électeurs et les institutions.
Or, tout le processus voulu par l’Accord de Nouméa, a introduit la réalité d’un rééquilibrage entre les provinces, d’une répartition du pouvoir entre les indépendantistes et les non-indépendantistes. De formidables avancées culturelles kanak, liées à la reconnaissance de l’identité kanak, se sont accomplies. Mais ce tableau, lui-même, n’est pas équilibré.
Il reste en effet à rappeler que cette période qui s’est ouverte le 24 septembre 1853 est aussi faite de lumières, ainsi que le rappelle le préambule de l’accord de Nouméa. Trop souvent, la mise en avant des spoliations et des souffrances des Kanak occulte la transformation radicale qui s’est imposée à la société locale nouvelle.
Sans renier les ombres de la colonisation, il est temps d’en reconnaître aussi les lumières
La langue d’abord, commune, a permis à tout le monde de se comprendre du nord au sud. Mais le 24 septembre 1853 a aussi marqué pour l’archipel l’entrée dans le monde moderne occidental, celle d’une organisation administrative globale permettant de coordonner l’évolution de toute la société et de ses progrès en matière de technologie : la construction de routes, celle d’adduction d’eau, la mise en place de la poste, l’avènement des premières contributions fiscales permettant à la fois d’assurer le fonctionnement des services publics mais de répartir la richesse créée entre tous les habitants.
Faut-il y ajouter l’enseignement ouvrant l’accès au monde du savoir moderne, ou encore la construction d’hôpitaux, de dispensaires, l’arrivée de médecins venant apporter aux côtés de la médecine traditionnelle tous les progrès de la médecine moderne ?
Aujourd’hui, toutes les infrastructures modernes de la Nouvelle-Calédonie, de l’Internet à l’intelligence artificielle, les communications, les institutions communales, provinciales, territoriales, permettant le fonctionnement démocratique du pays, ou encore les liaisons routières, maritimes ou aériennes sont les produits issus de la colonisation.
Un processus qui rend impossible le retour en arrière
À partir du 24 septembre 1853 et encore une fois, sans renier toutes les ombres du passé colonial, il faut aussi parler de leurs lumières. Elles ont fait de la Nouvelle-Calédonie un pays entré dans l’ère moderne et qui s’inscrit désormais dans un développement économique et social, bénéfique à tous. Un mouvement qui rend impossible tout retour en arrière.


