Dans une interview accordée à l’hebdomadaire Le Point, Alain Minc rappelle qu’« en économie, il y a quelque chose qui s’appelle la psychologie ». Pour lui, trois facteurs de production sont déterminants : « le capital, le travail et la confiance ». Une réflexion qui trouve un écho particulier en Nouvelle-Calédonie, où le retour de la confiance apparaît indispensable pour attirer les capitaux, relancer l’investissement et développer l’emploi. Mais cette confiance ne repose pas uniquement sur l’avenir institutionnel : le redémarrage du nickel, la stabilité institutionnelle et fiscale ainsi que le rétablissement durable de la sécurité sont également déterminants.
Alain Minc est depuis un demi-siècle l’une des personnalités les plus connues du monde économique français. Diplômé de l’École des mines de Paris et de Sciences Po, major de la promotion Léon-Blum de l’ENA en 1975, il débute à l’Inspection générale des finances avant de rejoindre le monde de l’entreprise et du conseil.
Administrateur de sociétés, essayiste prolifique et habitué des médias, il a également conseillé au fil des décennies plusieurs dirigeants politiques et économiques.
Dans son dernier ouvrage, Un capitalisme devenu fou, livre-dialogue avec le journaliste Guillaume Erner, Alain Minc examine les transformations et les excès du système économique. Avec une formule provocatrice – « Je suis le dernier marxiste français » –, il entend notamment analyser le capitalisme avec les outils de ceux qui en ont étudié les mécanismes et les contradictions.
La confiance, troisième moteur de l’économie
Une de ses réflexions mérite une attention particulière en Nouvelle-Calédonie. À ses yeux, l’économie ne dépend pas uniquement de variables comptables ou financières. Elle repose aussi sur la psychologie des acteurs.
Il distingue ainsi trois facteurs de production : « le capital, le travail et la confiance ».
C’est précisément ce troisième élément qui demeure fragile en Nouvelle-Calédonie. Car un investisseur engage son argent non seulement en fonction de la rentabilité espérée, mais également de sa perception de l’avenir. Une entreprise embauche lorsqu’elle pense disposer demain de débouchés suffisants. Un ménage consomme davantage lorsqu’il ne redoute pas une nouvelle dégradation de sa situation.
La confiance devient ainsi le lien entre le capital et le travail.
L’institutionnel n’est qu’une partie de l’équation
Dans le débat calédonien, le rétablissement de la confiance est fréquemment associé à la clarification de l’avenir institutionnel. La stabilisation des règles politiques constitue effectivement un élément susceptible d’influencer les décisions économiques.
Mais réduire la question de la confiance à ce seul dossier serait oublier d’autres déterminants majeurs.
Le premier concerne l’industrie du nickel. La sécurisation de l’avenir des usines et de la filière aurait des conséquences dépassant largement le secteur minier : emplois directs et indirects, sous-traitance, exportations, recettes publiques, consommation et perspectives d’investissement.
Un redémarrage solide de cette industrie constituerait donc, à lui seul, un signal économique important.
La sécurité, autre condition de la reprise
L’autre facteur essentiel est la sécurité. Le climat d’inquiétude qui persiste dans une partie de la population depuis les événements de 2024 produit également des effets économiques.
Lorsqu’un ménage craint pour son avenir, il diffère certaines dépenses. Lorsqu’un entrepreneur doute de la sécurité de ses installations ou de la continuité de son activité, il hésite à investir. Et lorsqu’un investisseur extérieur juge le risque trop important, il peut choisir une autre destination.
La reconstruction économique ne dépend donc pas seulement des milliards injectés dans l’économie. Elle suppose aussi de recréer les conditions dans lesquelles particuliers et entreprises accepteront de prendre des risques.
Un regard sur le modèle économique français
Alain Minc porte parallèlement un regard critique sur le modèle économique français. Il affirme ainsi que « la France a les meilleurs capitalistes du monde, mais elle reste un pays socialiste », formule qui résume sa critique du poids de la dépense publique et des contraintes imposées aux acteurs économiques.
Il se montre notamment hostile à la taxe Zucman, dispositif visant à instaurer une imposition minimale sur les très grandes fortunes, considérant qu’elle risquerait d’inciter des entrepreneurs à quitter la France. Le principe de cette taxe reste vivement débattu : ses défenseurs y voient au contraire un instrument de justice fiscale destiné à mieux imposer les patrimoines les plus élevés.
À l’approche de la présidentielle de 2027, Alain Minc livre également son analyse politique et considère qu’Édouard Philippe peut accéder au second tour puis bénéficier, dans certaines configurations, d’un apport important de voix venant de la gauche. Il s’agit à ce stade de son analyse personnelle de la dynamique électorale, et non d’un résultat établi.


