Avec environ 44 % des suffrages en Saxe-Anhalt, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) réalise une percée historique et devance très largement les conservateurs. Au-delà de l’Allemagne, ce résultat illustre un phénomène qui traverse plusieurs démocraties européennes : face à la déception suscitée par les formations ayant exercé le pouvoir, une partie croissante des électeurs semble désormais prête à « essayer autre chose ». Une dynamique qui trouve un écho en France avec le Rassemblement national.
Le résultat est spectaculaire. Lors des élections régionales de dimanche en Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne, l’AfD a recueilli environ 44 % des suffrages, contre 18,5 % pour la CDU du chancelier Friedrich Merz. Le parti a ainsi plus que doublé son résultat de 2021, lorsqu’il avait obtenu 20,8 %.
La sanction des partis de gouvernement
L’ampleur du vote traduit notamment un profond mécontentement à l’égard du gouvernement fédéral, confronté aux difficultés de la première économie européenne. Mais l’AfD, classée à l’extrême droite, reste isolée politiquement. Les autres grandes formations refusent jusqu’à présent de gouverner avec elle au nom du « pare-feu » destiné à empêcher son accession au pouvoir.
Ce barrage pourrait donc conduire à une coalition complexe entre partis traditionnels. Avec un paradoxe : plus l’AfD progresse dans les urnes, plus il devient difficile de constituer une majorité sans elle.
En France, le RN profite lui aussi du désir de changement
La situation allemande ne peut être transposée mécaniquement à la France, mais certains ressorts électoraux sont comparables. À moins d’un an de l’élection présidentielle, les enquêtes françaises témoignent d’un profond désir de changement et d’une défiance envers les formations ayant gouverné ces dernières années. Les dernières enquêtes d’opinion donnent la victoire à Marine Le Pen au premier comme au second tour, et quel que soit son adversaire, d’autant que les formations traditionnelles de gauche, du centre et de droite restent fragmentées.
Le raisonnement d’une partie de l’électorat peut alors se résumer à une formule : « les autres ont gouverné, pourquoi ne pas essayer ceux qui ne l’ont jamais fait ? » Il serait excessif d’en faire l’unique explication du vote AfD ou RN : immigration, sécurité, pouvoir d’achat, souveraineté ou identité jouent également un rôle majeur. Mais la lassitude envers les gouvernants successifs constitue désormais un puissant moteur électoral.
La Saxe-Anhalt vient d’en apporter une nouvelle démonstration : lorsque la défiance s’installe durablement, le statut de parti longtemps tenu à l’écart du pouvoir peut finir par devenir un argument électoral plutôt qu’un handicap.



