La Nouvelle-Calédonie est confrontée à une double menace : la montée du niveau de la mer et l’érosion accélérée de ses côtes. Ces phénomènes, amplifiés par le changement climatique et les pressions humaines, affectent gravement les populations, les infrastructures et les activités économiques. Si des actions ont été engagées, elles restent dispersées, peu coordonnées et insuffisantes au regard des enjeux.
Le territoire compte près de 5 900 km de côtes, dont 71 % sont exposés à l’érosion. Le recul du trait de côte touche particulièrement les zones habitées et les infrastructures, notamment en province Nord, où près de la moitié du littoral est en érosion. En province Sud, le suivi est partiel, tandis que les îles Loyauté, déjà vulnérables, subissent des intrusions salines et des aléas cycloniques. En tout, 31 des 33 communes sont potentiellement concernées.
Nouméa illustre bien la pression anthropique : entre 1935 et 2016, l’artificialisation de ses côtes est passée de moins de 10 % à plus de 65 %, grignotant les espaces naturels. Face à ce constat, la connaissance du littoral reste à renforcer. L’Observatoire du littoral, créé en 2013, joue un rôle clé mais doit être mieux soutenu pour remplir pleinement sa mission de coordination et de diffusion de l’information.
La Chambre territoriale des comptes recommande de mieux cartographier les aléas, d’évaluer les enjeux côtiers et de coordonner les projets en cours. Elle insiste sur la nécessité d’instaurer des plans de prévention des risques adaptés au territoire, y compris sur les terres coutumières, où aucune règle d’urbanisme ne s’applique sans concertation et décision du Congrès.
Le financement est également un frein majeur. La Chambre propose la création d’un fonds territorial similaire au fonds Barnier métropolitain, en liant notamment l’assurance des biens au respect des règles de prévention. Elle appelle aussi à renforcer la sensibilisation des populations, notamment par le biais de campagnes communales et de palabres coutumières.
En matière d’adaptation, deux approches se dessinent : des mesures actives comme la construction de digues ou des solutions fondées sur la nature (restauration de mangroves, récifs, etc.). Une troisième voie, plus radicale, consiste à « vivre avec » l’érosion, impliquant parfois la délocalisation d’habitants et d’activités.
Enfin, la Chambre salue les efforts récents du gouvernement, notamment deux projets de délibérations actant l’urgence climatique et la création d’un fonds de résilience. Toutefois, elle appelle à plus de clarté sur les actions prévues, leur financement, leur mise en œuvre, ainsi qu’à une planification adaptable aux connaissances scientifiques et sociales à venir.