Si certains peuvent être intimidés par la perspective de longues études, ce n’est pas le cas d’Elena, étudiante en médecine spécialisée en microbiologie. Entre pratique du métier, recherche et enseignement, son brillant parcours ne lui laisse que l’embarras du choix.
Elena fait partie de la première promotion à avoir passé le nouveau bac, fin 2021, qu’elle obtient haut la main après avoir choisi des spécialités scientifiques. Elle reste en Calédonie pour ensuite entrer en LAS, la Licence Accès Santé de l’UNC, « une première année de médecine très intense », comme elle le décrit. Elle passe ainsi le concours de première année de médecine, un an et demi plus tard, et parvient à entrer à l’Université de Bordeaux, en septembre 2023, à l’Ecole Santé-Sciences. Elle a alors hâte de s’envoler : « J’avais envie de découvrir la vie seule et les opportunités en France, retrouver mes amis déjà partis… Ma mère m’a accompagnée pour m’installer et je me sentais indépendante, donc l’appréhension concernait surtout le mal du pays ».
Dans la capitale de l’Atlantique
Le parcours qu’entame Elena à Bordeaux est double et exigeant : liant la pratique médicale et la recherche, il mène vers un double doctorat médecine-sciences, qui lui permettrait d’être médecin-chercheur. La charge de travail est considérable, et entre les cours et ses autres activités, Elena se constitue bientôt un emploi du temps de ministre ! « J’ai continué et continue encore mes projets d’art manuel et d’écriture tout du long, ça a toujours été mes passions. Entre ça et les études, le sport, les sorties, les nouvelles rencontres… Le quotidien était parfois trop chargé. Je n’étais parfois pas très loin du burnout », admet-elle. En revanche, elle profite pleinement de la facilité de transport à petit prix, en France et en Europe, qui lui permet de revoir beaucoup d’amis et s’en faire de nouveaux. Sa vie à Bordeaux lui plait, mais elle garde parfois ses claquettes aux pieds et salue en disant « tata »…
Dans la suite de son cursus hybride, Elena effectue deux stages de deux mois. Elle fait le premier à Bordeaux, dans le domaine de la parasitologie (NDLR : capacité à causer une maladie), au laboratoire de Microbiologie Fondamentale et Pathogénicité. Pour le second, elle revient au bercail, dans le secteur de la bactériologie à l’Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie. Deux expériences qui lui permettent, à l’issue de sa troisième année d’études, d’obtenir l’équivalent d’un niveau de première année de master.
Et pour la suite ?
En septembre 2025, Elena changera de ville pour intégrer la deuxième année du master Maladies Infectieuses Emergentes, à l’Université Paris Cité. Elle expose ses hésitations pour ses perspectives d’avenir, après son M2 : « Mon double cursus me permet de continuer la médecine là où je l’ai arrêtée, puis de réaliser une thèse de sciences. Ou bien l’inverse, d’abord la thèse, puis la suite du parcours de médecine. Je me dirige surtout vers la microbiologie, mais je garde aussi un œil sur les neurosciences ».
17 ans d’études !
Elle devrait achever ses études au bout d’à peu près… 17 ans dans l’enseignement supérieur ! « Courage à moi ! », s’en amuse-t-elle. Difficile de se projeter avec des échéances aussi lointaines, mais elle envisage plutôt les choses avec optimisme. « La longueur de mes études fera naître d’autres projets et d’autres rencontres », affirme-t-elle. Quant à un potentiel retour au pays, Elena est plus mesurée et déclare : « Mon pays me manque et j’aurais envie d’y retourner, les opportunités ne manqueraient pas en tant que médecin. J’attends de voir la situation politique se stabiliser pour décider ». Ce qui l’intéresserait surtout : « Avoir une activité de clinique, de recherche et si possible d’enseignement ».
Son conseil
aux jeunes calédoniens
Elena encourage ceux qui pourraient bientôt partir aux études, comme elle, d’en profiter au maximum : « Prenez cette expérience pour ce qu’elle est, et pas comme un remplacement de la Calédonie, ce n’est pas le but ». Autre point très important à ses yeux : la curiosité et l’ouverture à la nouveauté. « Ouvrez-vous aux nouvelles traditions, aux gens, à d’autres habitudes de vie, incite-t-elle. N’ayez pas peur d’évoluer, sans non plus vous perdre, ni oublier vos racines ». Elle souligne qu’aller aux études est une vraie chance : « C’est très important de sortir de la bulle dans laquelle on peut parfois vivre ici ». Enfin, elle tend la main aux étudiants de demain : « N’ayez pas peur de demander de l’aide quand vous en aurez besoin ! Vous n’êtes pas seuls, beaucoup sont passés par là ». On ne peut que souhaiter aux futurs étudiants calédoniens de connaître une trajectoire aussi impressionnante que la sienne.
Loup Raffard-Artigue




