La commémoration, le 24 avril dernier, de l’attribution de la médaille de la Résistance à la Nouvelle-Calédonie n’a pas seulement honoré un fait historique. Elle a ravivé une mémoire, celle d’un engagement immédiat et sans ambiguïté des Calédoniens aux côtés de la France libre. Elle a aussi, par contraste, posé une question plus contemporaine : que reste-t-il aujourd’hui de cette reconnaissance mutuelle entre le territoire et la République par 190 députés sourds au souhait de la majorité des Calédoniens ?
L’histoire est connue. En 1940, alors que les principes républicains vacillent sous la pression du nazisme, la Nouvelle-Calédonie fait le choix clair de la liberté. La population se détourne aussitôt du régime de Philippe Pétain et répond à l’appel du général Charles de Gaulle. Ce basculement, précoce et volontaire, inscrit durablement le territoire dans le camp des défenseurs de la République. La Croix de la Libération, puis la médaille de la Résistance, viennent consacrer cet engagement singulier.
Cette mémoire n’est pas un simple héritage symbolique. Elle fonde une relation particulière entre la Nouvelle-Calédonie et la France, faite de loyauté, mais aussi de reconnaissance réciproque. C’est précisément ce lien que la commémoration récente remet en lumière — et, dans le même mouvement, interroge.
Car quatre-vingts ans plus tard, une autre séquence vient troubler cette continuité. Le rejet de l’accord de Bougival par une partie significative des députés français ne peut être analysé comme un simple épisode parlementaire. Il invite à une réflexion plus profonde. Comment comprendre qu’un texte soutenu par une très large majorité des représentants calédoniens — cinq formations politiques sur six, représentant près de 70 % de la population — n’ait pas trouvé d’écho à la hauteur de ce consensus ? Une forme d’oubli ? Ou de mépris ?
La question dépasse le cadre institutionnel. Elle touche à la manière dont la parole d’un territoire est entendue, ou non, au sein de la République. En 1940, l’appel de la France avait trouvé en Nouvelle-Calédonie une réponse immédiate, portée par un élan collectif et une fidélité aux principes républicains. En 2026, l’appel au dialogue et au compromis formulé par une majorité de Calédoniens semble s’être heurté à une autre logique, plus distante, voire sourde.
Il ne s’agit pas ici d’opposer deux époques de manière simpliste, mais de constater un décalage. D’un côté, une mémoire fondatrice, faite d’engagement et de solidarité. De l’autre, une décision contemporaine qui paraît ignorer, au moins en partie, ce que cette histoire a construit. La médaille de la Résistance n’est pas qu’un symbole du passé. Elle est aussi un rappel des valeurs qui ont guidé un peuple à un moment décisif de son histoire.
En cela, la commémoration du 24 avril ne se limite pas à un hommage. Elle agit comme un miroir tendu au présent. Et la question qu’elle pose, en creux, à 190 députés, est celle du respect et de la fidélité à cet héritage. Non seulement dans les discours, mais dans les actes.




