Jusqu’aux années 1860, la France n’a qu’une expérience limitée en matière de phares métalliques. La technique est surtout importée d’Angleterre, qui maîtrise déjà la construction de tourelles en fonte ou en tôle installées à l’entrée des ports. De petites tours, calibrées pour voyager par voie ferrée, sortent de Paris pour rejoindre les côtes françaises. Certaines subsistent encore aujourd’hui, comme à Saint-Vaast-la-Hougue ou à Saint-Quay-Portrieux. Mais ce sont des modèles réduits comparés au projet imaginé pour la Nouvelle-Calédonie.
Léonce Reynaud, ingénieur et théoricien
À la tête du Service des phares, Léonce Reynaud n’est pas seulement un technicien. Auteur d’un Traité d’architecture, il conjugue science, esthétique et mémoire. Pour lui, le fer n’est pas qu’un matériau fonctionnel : il incarne la modernité industrielle et ouvre la voie à de nouvelles formes. Ornements, gargouilles et motifs décoratifs ponctuent ses projets, rappelant que la beauté doit accompagner l’efficacité. Le phare Amédée sera pour lui une expérience à la fois industrielle et esthétique, bien au-delà d’un simple outil maritime.
Une mission coloniale et stratégique
En 1853, la France annexe la Nouvelle-Calédonie, alors que l’Angleterre étend son influence dans le Pacifique. La barrière de corail de la Grande Terre impose la construction d’un phare puissant pour sécuriser les passes. La Commission des Phares désigne l’îlot Amédée comme site d’implantation. Au-delà de l’enjeu maritime, l’édifice revêt une portée symbolique : il doit affirmer la présence française face aux Britanniques, qui exportent déjà des phares démontables aux quatre coins du monde.
Une conception innovante

En juin 1861, Reynaud trace les plans d’une tour de 45 mètres, hexadécagonale, composée de seize montants et de panneaux boulonnés. Contrairement aux modèles anglais,




