Il existe, en Nouvelle-Calédonie, une culture régionale française, la culture calédonienne. Livres, théâtre, cinéma, poésie, cuisine ou traditions s’expriment évidemment en langue française. Mais ce « français calédonien » possède ses accents, ses tournures de phrases et son vocabulaire particulier. Ainsi, un Parisien, un Marseillais ou un Réunionnais auront du mal à comprendre l’intégralité des aventures de “Tonton Marcel”. Un mot du lexique calédonien aujourd’hui, mot qui relève du Vanuatu mais que tout Calédonien se doit de connaitre : le Bichelamar !
Le mot bichelamar vient du portugais bicho do mar « bête de mer » qui désigne un animal marin, l’holothurie. En français, cet animal est appelé concombre de mer, mais parfois aussi bêche de mer ou biche de mer, notamment dans l’océan Pacifique et particulièrement en Nouvelle-Calédonie. L’anglais ne connaît que sea cucumber.
Les holothuries sont un produit largement consommé par les Chinois : leur commerce se fit d’abord avec les Malais, puis il s’étendit au Pacifique-Sud. Au milieu du XIXe siècle, des trafiquants, les beachcombers (« tamiseurs de plages » ou « batteurs de grève »), allèrent les ramasser sur les récifs des îles mélanésiennes pour la revendre en Chine. La langue parlée entre ces navigateurs et les populations locales, sorte de sabir à base d’anglais et de quelques autres langues comme le portugais, constitue la toute première forme du futur pidgin qui allait se répandre dans toute la Mélanésie.
C’est ainsi que le terme bichelamar a fini par désigner l’une des variantes de ce pidgin. La forme bislama ou bichelamar est la prononciation de ce même mot dans le pidgin lui-même, et sa graphie officielle dans cette langue. Aujourd’hui, le bichlamar est, avec le français et l’anglais, la troisième langue officielle du Vanuatu.
Le bichlamar est très imagé. L’exemple que je vais vous donner, conté 1000 fois, est explicite. Il concerne le soutien-gorge.
En bichlamar, il est le basket-blong-titis. Littéralement le panier, basket, belong, appartenir, et titis qui se passe de traduction. Belong devient blong ou blon, un genre de pronom possessif. House blong mi, c’est ma maison. Basket Blong Titis, c’est le panier des titis, autrement dit le soutien-gorge !
Le bichlamar est tout de même plus imagé, vous ne trouvez pas ?
L’Amiral du Port Despointes





